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| | sumatra java Bali en stop 1984 | |
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| Auteur | Message |
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boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Dim 4 Fév - 20:05 | |
| Mylène arrive de Singapour avec des lettres sympa, c’est marrant tout le monde m’a écrit en même temps. On bouge pas mal ces jours ci. Le stop marche bien. On va à Ubud tripper dans la monkey forest, un petit coin de jungle au milieu des rizières, avec un temple végétal délire ! Beaucoup de mushroom en ce moment !  On va à Denpasar faire du batik avec une copine française qui habite à Maui (Hawai), elle fait ses tissus elle-même pour une ligne de vêtements qu’elle vend là bas. Les techniques sont assez simples par rapport au batik dessiné mais l’art est justement de combiner un geste spontané et une recherche d’équilibre. On peut faire des crackings en couleur claire sur fond foncé en passant le tissu une fois la cire craquée à l’eau de Javel qui pénètre dans les cracks et enlève la couleur. Il y a pleins d’autres techniques qui combinent avec le tye-die etc.. J’aimerais bien m’entraîner un peu parce que c’est sûrement très rentable et c’est bien le délire.  un batik avec cracking que j'ai fait là bas On va voir des danses dans un odalan (festival de temple) au temple de Taman. Il faut savoir que les danses sont des offrandes aux dieux conviés lors de l’odalan, les gents les regardent à peine, ils sont plus occupés à draguer ou retrouver leurs copains ! C’est chouette l’ambiance des petits warungs (restau de rue) où les touristes côtoient le vieux locaux allumés au tuak, les couleurs, les odeurs. Certaines danses sont chouettes, d’autres, modernes, sont un peu ringardes. On sent le désir d’innover, mais c’est un peu ridicule, par contre il y a de la recherche dans la chorégraphie pour mieux occuper l’espace, alors que les danses strictement traditionnelles sont en fait très statiques ; il y a un effort pour harmoniser les déplacements de la troupe mais ça, au détriment de la maîtrise de soi, de l’expression et du contrôle des mouvements.   Le lendemain on voit du théâtre, c’est très expressif. Le gamelan accompagne les dialogues, les acteurs masqués paradent, les clowns commentent en aparté en langage courant et prennent le public à partie. C’est là qu’il participe ! Pour nous c’est chiant parce qu’on n’y comprend rien mais les balinais s’amusent bien.  On rencontre une petite nana de Bandung qui voyage depuis 7 ans dans son pays. Elle a vécu en Irian Jaya (la papousie) qui parait être à peut près dans la même situation que l’Amazonie. Le choc des civilisations sur les gents simples, les implantations de firmes multi nationales, il y a de l’uranium et d’autres métaux rares. Les missionnaires, la Transimmigrasi achève de semer la pagaille en amenant des colons javanais incultes et pauvres, la forêt est abattue ce qui appauvrit le sol, le gouvernement subventionne l’arrivée de ces gents jusqu’à la première récolte où théoriquement ils sont indépendants. La relation avec les locaux (à l’âge de pierre pour certains) est très tendue. Surtout au niveau religion et adat (coutumes). La vie est très chère et les transports aussi. Et le pire c’est que les locaux ont honte de leurs superstitions et de leurs rites. Tandis qu’à Bali, l’animisme du 20ème siècle fonctionne bien ! Le matins on fait des offrandes à la TV et à la voiture en même temps qu’aux esprits de la maison, comme ça tout le monde est comblé ! On demande la permission à la fleur d’être coupée, au poulet d’être tué et mangé et à la voiture ou à la moto de nous conduire à bon port !.. offrandes à un cocotier:  La vie quotidienne avec ses nombreux rituels suit le calendrier extrêmement complexe qui régit tout et rythme les offrandes, les cérémonies. Calendrier balinais : un système de "semaines" à 3, 5 et 7 jours qui se combinent, sans parler de la lune et des positions astrales  Les croyances, les légendes semblent s’accommoder du modernisme. Pour les Balinais, leur île est le paradis terrestre, issu d’un bon karma d’actes positifs, ils n’ont pas vraiment tort ! Le gamelan omniprésent qui distille l’harmonie dans le ciel chatoyant, la gentillesse un peu détachée des gents, la créativité artistique dans les gestes quotidiens et le nombre incroyable d’arts et d’artisanat pratiqué à Bali : signe d’une civilisation opulente basée sur le sacré. 4heures 30, le jour se lève, les femmes bavardent en se lavant, le riz est cuit et les premières offrandes de nourriture déposées aux coins clés de la maison et de l’enceinte familiale.  Propreté méticuleuse et beauté. Bien sûr les gents simples ne sont pas vraiment conscients du sens profond des rituels mais l’harmonie est un état d’esprit où la relation avec les dieux est omniprésente. Et pourtant Bali est loin d’être au moyen–âge ! Il faudrait rester des années pour apprécier les subtilités de la vie quotidienne, en tous les cas, comme en Indes, le modernisme est pas mal intégré, dans le sens que le tissu social est resté riche est chaleureux alors que les coutumes trop contraignantes (castes, mariages etc) sont plus relax que dans le temps. Mais que deviendra Bali après des années de tourisme ? Les blancs ont réellement débarqués ici pendant la dernière guerre, trouvant un pays figé dans une culture incroyable. Le tourisme de masse vient à peine de commencer, avec surtout des australiens venus surfer et passer leur vacances. |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mar 6 Fév - 7:05 | |
| On va passer quelques jours de débauche à Kuta. Il fait bon de danser, de manger des trucs différents, de fumer, d’être avec des gents, de sentir la chaleur des émotions. En même temps je suit bien détachée, absorbant les bonnes vibes et les instants magiques en essayant de ne pas me laisser enfermer dans l’illusion Je prends l’avion pour aller passer une nuit à Singapour, histoire de me faire tamponner mon passeport. C’est dingue ces histoires de visa. L’Indonésie est assez fermée quand même. Je pensais pouvoir rester six mois mais on m’a parlé d’une taxe de 150 000 Rs à payer, donc je préfère encore sortir. Ca fait cher la nuit à Singapour ! Je n’ai pas dormi la veille, on a fait la fête, on a fumé plein de pétards, on a écouté de la musique au Tuak où les petits mecs jouaient du Rolling Stones version Juli, un javanais de Bandung qui a un réel talent de chanteur et en plus il a les lèvres pulpeuses de Mick Jagger ! On est allé danser jusqu’au petit matin au Blue Ocean. On a vu le jour se lever malicieusement derrière les cocotiers, le temps d’un battement de cils, de courir dans les vagues langoureuses et déjà le ciel empourpré porte la promesse du jour nouveau. Martine, mylène et moi au petit matin, Kuta  L’aéroport de Den Pasar est comme un temple balinais ! On décolle presque dans la mer, je salue le volcan Agung et ses frères, on voit même Lombok au loin. On passe au dessus de Kuta dont l’agitation parait bien lointaine. Bali s’efface dans la brume matinale. Un clignement des yeux et Banyu Wangi ouvre les portes de Java, un petit arrêt à Jakarta et on arrive à Singapour. J’en ai un souvenir brumeux, les relents d’une nuit agitée se font sentir. Je vais jusqu’à la poste où je reçois un petit paquet de maman, des petites gâteries de France, ça fait bien plaisir. Je fais un peu de shopping et je m’écroule pendant que les gents sortent faire la fête : c’est le 31 décembre. J’en air rien à foutre, j’ai fait la fête hier soir, le nouvel an est chaque jour ! Je me réveille dans la nuit profonde et morte du petit matin, des bandes de jeunes tournent encore en lançant des confettis ; je reprends l’avion pour Denpasar. Un petit mec me prend en stop, sourire, simplicité. On passe quelques jours avec Brian, ex moine rencontré en Thaïlande. Il habite la super baraque de son cousin, en taule quelque part pour trafic de coke On parle beaucoup de méditation. J’essaye de continuer dans la voie mais en ce moment ça devient plus une routine mentale qu’une réelle recherche. Mais il me dit qu’il vaut mieux ne pas avoir de but ni d’idées préconçues sur ce que l’on recherche Mon corps qui me porte et l’esprit qui parle par ma bouche sont liés à la matière, aux éléments qui les composent et tout ceci est périssable, sujet à la décrépitude et à la mort. Il est donc stupide de s’attacher à sa situation transitoire sur terre. Quand je suis bien, je me sens légère par ce monde. Je voudrais le parcourir comme une enfant, curieuse et fouineuse. Déchiffrant les messages codés, sentant les ambiances et les atmosphères, participant à la vie des peuples qui peuvent m’apporter leur connaissance tandis que je peux peut-être leur donner un certain art de vivre.  Brian est chouette, il est très sage et détaché. Il file une bonne énergie. Il part en nous laissant pas mal de t-shirts et autres trucs que nous vendons aux gents. On se fait faire des pantalons avec le batik que nous avons peint à Denpasar, bref Kuta est toujours pleine de cadeaux pour nous ! Mais avec quel plaisir on retourne à Celuk ! C’est la pleine lune. On arrive par un petit chemin frangé de cocotiers gracieux et au fond, les notes du Gamelan pulsent du temple en fête, on sent l’énergie qui s’en dégage. Les femmes en procession, les lumières tremblotantes des warungs, les portes du temple qui se découpent dans le ciel de velours, et la lune derrière un nuage profond illumine la scène, c’est magique !  C’est l’odalan du temple des morts de Cembagwon. Les encens tissent un voile mystique autour des clochetons du temple et des pyramides d’offrandes. Il y a un wayang kulit (théâtre d’ombre) des plus singuliers, personne ne regarde, c’est vraiment un spectacle pour les dieux ! Un vieux joue avec un masque, peut être commente t-il l’histoire des marionnettes. A la fin il se précipite sur les gamins qui s’enfuient en courant, mi rieurs, mi paniqués. Il attrape une petite fille toute timide à laquelle il donne des images et c’est la fin du spectacle. Le montreur de marionette et son théatre d'ombres  On se fume une petite pipe à coté, le temple bat au rythme de la terre et exhale ses émanations voilées. Bientôt un grand silence se fait, on se retrouve tous à genoux devant l’autel principal où le pedanta officie. Il a le regard perçant et clair comme une de ces sources pures qui s’ouvre au milieu du lacis de racines que forment ses rides. Et l’éclat de son pagne immaculé contraste avec l’exubérance des couleurs environnantes. On est aspergés d’eau sacrée, puis on prend une fleur pour chaque dieu, pour chaque esprit, entre les doigts du milieu, les deux paumes jointes et les pouces touchant le front, on communique avec l’énergie divine, on est vecteur de cette énergie particulière symbolisée par la fleur.  La cloche tinte, les encensoirs soupirent des volutes de soies irisées. Instant magique. Plus tard, vers le milieu de la nuit se forme une ronde lente autour de l’autel. Des femmes en file avancent au son d’un Gamelan languide, rituel serein et concentré. Puis les prêtres attrapent les trois lances plantées à droite et le trident de Shiva (Ciwa à Bali) et évoluent avec grâce mimant un combat ; le Gamelan se fait plus strident avec des montées et des cassures dramatiques. L’éternelle lutte qui pourtant à Bali ne se termine pas avec la victoire du bon mais finit sur un status quo, l’équilibre des forces, l’harmonie conciliée à force d’offrandes et de cérémonie. Le drame se cache toujours derrière le masque rieur du clown et la nuit sereine et douce explose soudain d’un orage cataclysmique ! |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mer 7 Fév - 6:47 | |
| Comme les gents voient que nous nous intéressons à leurs coutumes, ils nous invitent souvent. Les femmes s’éclatent à me voir faire des offrandes et j’apprends avec elles, c’est très ingénieux, on se sert de feuille de jeune cocotier et on les fait tenir avec des « épingles » en bambou. Il y en a de toute sortes et bien sûr, chacune a un nom, une fonction et est dédiée à une cérémonie !   On voit une cérémonie de limage des dents. Vers la fin de l’adolescence il faut marquer le pas vers l’âge adulte. Pas un balinais ne se marie sans s’être fait limer les dents. Le symbole est de polir ses instincts animaux représentés par les canines et les dents de devant, de réfréner les désirs et appétits enfantins et d’accéder à la sagesse nécessaire à l’âge adulte : la maîtrise de soi qui est tellement prisée par ces gents doux et sereins et qui nous trouvent carrément barbares ! C’est aussi sans doute un reste de cérémonie d’initiation, un peu semblable aux rites de passage dans tous les peuples primitifs. La maison est toute décorée et le temple familial est paré comme pour un odalan. Sans doute l’esprit des ancêtres est appelé à descendre et prendre en compte l’arrivée d’un nouvel individu dans l’assemblée adulte de la maisonnée. Me volà avec les femmes à cette fête privée, tof minable mais bon!  La fille a 17 ans et son frère 16 ans, ils ont parés comme pour un mariage plutôt que comme pour une cérémonie religieuse. Devant l’un des pavillons qui constitue la maison, il y a une bizarre offrande, fleur gigantesque faite entièrement de lard, de graisse et de nerfs de porc. Ils vont la manger ensuite et disent que c’est uniquement une décoration, mais j’en doute ! Il y a aussi une table où sont disposées des offrandes de nourriture à moitié décomposées, si je comprends bien c’est pour les esprits du sol qui aiment la pourriture et qu’il faut apaiser sinon ils gêneraient la cérémonie. Il y a aussi des offrandes vieilles de 3 ou 5 jours pour les bhutas, les fantômes.  La famille est conviée à un repas et vers une heure un petit gamelan réduit annonce le début de la cérémonie. Les deux jeunes sont couchés dans le lit du bâtiment central de toute maison balinaise, qui est la couche du patriarche. De nombreux tissus de fête les recouvrent, la tête appuyée dans un nid d’oreillers, ils ouvrent la bouche et n’ont pas l’air fiers ! Le pedanta leur lime donc les dents une à une, ils crachent la salive dans une jolie noix de coco décorée et s’examine de temps en temps dans…un rétroviseur de moto ! Pas assez, on recommence. Jusqu’à ce que l’éclat du sourire soit parfait, les dents bien en ligne et prêt pour le combat de la vie. Avant de descendre de la couche on leur place une paire de ciseaux et des pièces chinoises sur les genoux, qu’ils font tomber en se levant. Présage ? Bonne chance financière ? Conjurations des obstacles ? Ces cérémonies sont si complexes et si riches en symboles, et les gents n’expliquent pas grand-chose. De plus mon vocabulaire restreint ne me permet pas une discussion très approfondie. Mais on sent quand même que ça dégage quelque chose de beau : dévotion, amour, sagesse, crainte et beaucoup de créativité. Peu de peuple au monde passe autant de temps à ces affaires religieuses, et avec autant d’art ! La montée du modernisme ne va pas tarder à rendre démodée un tel dévouement à l’invisible. Les enfants, pour leur premier anniversaire du calendrier chaka (un des système utilisé à Bali, c’est un calendrier lunaire) sont tondus à la punk et on leur met des bracelets en cuivre au pieds pour les protéger ( ?) Ils portent autour du cou de petits reliquaires en argent avec les restes de leur cordon ombilical. Il y a une autre cérémonie pour leur percer les oreilles. là c'est le premier anniversaire d'un petit  La vie est réglée par ce calendrier que l’on voit accroché partout et qui est d’une complexité affolante. Les jours importants sont notés, et il y en a un paquet ! Je me demande si les jeunes trouvent étouffant ce système rigide. Apparemment les choses se passent en douceur. Mais c’est parce que Bali est un endroit riche, il y a trois récoltes de riz par an, fruits et légumes poussent sans culture ou presque. De plus avec le tourisme et leur artisanat les gents sont à l’aise. Avec une culture forte comme la leur et pas de nécessité de changer leur vie pour accéder au confort, ça va peut être tenir ? On décide de partir à Lombok, l’île suivante. |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mer 7 Fév - 6:58 | |
| une carte avec un bout de Java, Bali et Lombok! je vois que Celuk a du prendre de l'importance vu qu'il est sur la carte et ya même pas Ubud! rha la la..des com SVP pour ceux qui y sont allés récemment!  Il faut savoir qu'entre Bali et Lombok, le détroit couvre une profond faille marine et sépare l'Asie de l'Australie au niveau géographique, donc espèces animales et flore différentes. |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mer 7 Fév - 21:04 | |
| On prend le bateau de ce joli port dans l’Est : Padang bai, en s’éloignant de la côte on découvre le volcan Agung et de belles plages blanches. On débarque à Ampenan, un port marchand de Lombok ouest. Pas fabuleux. Le lendemain on se fait quand même une jolie ballade à Batu Bolong, un petit temple naïf perché sur un rocher troué qui délimite deux belles plages, une de sable noir et l’autre de sable blanc ! Yin yang naturel ! Des collines verdoyantes plongent dans les cocotiers foisonnants. C’est sympa. On part à Bayan dans le nord de l’île, en bus d’abord puis en stop. La route longe la côte, on passe un col dans une jungle épaisse où les singes noirs et malicieux sautent d’arbre en arbre et suivent le bus. Puis le paysage se fait de plus en plus sec. Adieu les rizières et les bananes, voici les cactus et les petits arbres noueux qui marquent un climat aride. On a passé la faille géographiquement on est en Australie et ça se sent ! De Bayan on part en milieu d’après midi à pied, on va faire le tour du grand volcan Rinjani : 3700m. On s’élève tout doucement entre les champs pierreux tandis que la mer miroite en bas. Il fait soif ! On se trouve enfin une jolie rivière qui rafraîchit et on arrive, crevée, dans un petit bled du nom de Desan Bilok. C’est le coucher du soleil, le volcan Rinjani se découvre, sévèrement raviné et noir sur un ciel qui s’éclate de couleurs. Rose parme, violet.  On dort frileusement dans l’école du bled. Les gents ne sont ni très intéressants ni très sympathiques. L’eau manque, les gamins sont sales. Il n’y a pas grand chose à bouffer. La vie est morne entre la mer et la montagne. Le matin est clair et sent bon la terre fraîche. On rentre dans une zone de forêt, comme c’est étrange cette alternance d’endroits très secs suivis au détour d’un chemin d’une épaisse forêt ! On passe un village dans les pandanus et on s’arrête demander de l’eau et des bananes chez une femme. Les gents sont muets de curiosité, pas trop de touristes ici ! Les maisons sont construites dans une enceinte fermée où probablement la famille étendue vit ensemble. Le paysage s’ouvre, se fait plateau avec à droite les pans du volcan dans les nuages de l’après midi et à gauche des collines ravinées garnies de forêts en touffe dans les creux. On arrive à Cemblon Lawang. C’est un long village un peu moins jungle que ceux rencontrés mais quand même c’est le moyen age. Les toits de chaumes sont incurvés et laissent dépasser des bambous qui ont servis de charpente, cela ressemble à des pointes d’un casque gallo-romain !  Des guirlandes d’ail, d’oignons ou de maïs sèchent entre toit et mur de chaux. Partout il y a des corrals où de petits chevaux fougueux hennissent à notre passage. Il y a aussi beaucoup de bétail, de jolies vaches à la robe luisante et au regard en biais, des chèvres, quelques moutons. Les gents sont très collants et un peu cons. Ce sont des sasaks, une éthnie tenue par les balinais comme vuglaires et peu raffinés.Ils sont pourtant beaux avec leurs sarongs ikatés tissés à la maison.  Les filles sont mignonnes mais bien niaises, seuls quelques vieux relèvent le niveau mental ! C’est un coin arriéré et sans une culture forte, ça me rappelle des coins au Népal où la consanguinité doit être importante. On se présente chez le chef du village puisque personne ne nous a spontanément invitées. En général les voyageurs sont logés dans sa maison, c’est la coutume en Indonésie ; là on doit un peu s’imposer, d’ailleurs on ne verra pas le chef du village parce qu’il est dans sa deuxième maison avec sa deuxième femme ! Par contre on a la compagnie d’un escadron de militaires qui tchatchent toute la nuit dans leurs émetteurs ! On se lève donc d’assez méchante humeur malgré la magie de ce petit jour voilé où la fumée bleue des feux ménagers s’enroule dans la brume argentée. Le Rinjani nous nargue, mais non, vraiment il est trop haut et il fait trop froid ! C’est une vallée fertile entre des montagnes escarpées, les rizières reflètent les files de femmes qui vont au marché. Au fond de la vallée on s’enfile dans la gorge d’un ruisseau fanfaron, ça grimpe dur ! Au col on découvre la jungle de l’autre coté. On descend dans la forêt profonde, humide et glissante. Les singes l’emplissent d’échos et la brume achève la sensation de rêve. On marche pendant des heures, la route est en train d’être défrichée. Les soldats sont là pour encadrer les travaux. En fait il faudra encore pas mal d’efforts pour la rendre viable. On arrive enfin dans une zone cultivée. On sent que les champs ont été récemment gagnés sur la forêt : du manioc, du maïs, ça ressemble beaucoup à Sumatra. En fin d’après midi on arrive à Pesagulan où commence la route goudronnée. Là aussi je trouve les gents hébétés, il y a des talisman anti black magic accrochés au dessus des portes.  Les mecs commentent notre passage comme en Indes ! Surtout les jeunes, je trouve ça un peu triste ! On s’écroule chez une dame qui tient le warung du bled, elle nous invite à dormir dans son lit ! Le matin suivant on descend en pente douce pendant une quinzaine de kilomètre, pas un véhicule. On passe forêt, cultures, et bientôt rizières. La mer n’est pas loin. C’est joli mais sans magie. On arrive vers midi à la jonction de la « grande » route, l’unique de Lombok . Soleil de plomb, marché abruti par la chaleur où il n’y a ni fruits ni rien de vraiment frais pour se rafraîchir. On fait du stop et c’est un camion fou qui nous prend : klaxon à répétition, 120km/h en zig zag entre les charrettes à cheval et les vélo. Je suis verte. On descend dès qu’on peu alors que les mecs complètement stoned (à quoi, je me le demande) cherchent à nous retenir ! On arrive à Narmado. Meilleur feeling. Plus doux, plus de culture. Il y a beaucoup d’hindous ici ; on voit les restes d’un palais des rajas avec des bassins où vivent , parait il des poissons énormes qui se nourissent des malheureux qui ont la mauvaise idée de s’y baigner !  On se lave donc dans une petite rivière sympa avec un gros banyan et des gamins qui chantent le gamelan ; un peu de calme… on glisse jusqu’à Cakranegara dont le nom laisse deviner que la ville fut habitée par des hindous. Le temple aux onze meru (clochetons) en témoigne. Ça a l’air assez sympa Mais on passe une nuit infernale dans un hôtel infâme entre les coqs hallucinés qui chantent toute la nuit, les camionneurs à grande gueule et surtout, surtout, les punaises de lit qui ne nous laissent aucun répit. Il y en a des milliers, jamais vu autant ! Même dans le plus crade des hôtels en Indes. On prend les méga boules et dès le lever du jour à 6 heures nous voilà déjà sur le chemin du port reprendre le bateau et retourner à Bali ! On aura fait le tour de Lombok en quelques jours !  ; mais on passe une nuit infernale dans un hôtel infâme entre les coqs hallucinés qui chantent toute la nuit, les camionneurs à grande gueule et surtout, surtout, les punaises de lit qui ne nous laissent aucun répit. Il y en a des milliers, jamais vu autant ! Même dans le plus crade des hôtels en Indes. On prend les méga boules et dès le lever du jour à 6 heures nous voilà déjà sur le chemin du port reprendre le bateau et retourner à Bali ! On aura fait le tour de Lombok en quelques jours !   |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Ven 9 Fév - 6:56 | |
| On arrive à Candidasa, quel calme, quelle harmonie ! Ce sont peut être des idées préconçues mais les sasaks de Lombok sont vraiment grande gueule et niais à coté ! On rencontre une famille très sympa chez qui on passe de longs moments. On boit de l’eau de coco, on apprend à tresser des paniers avec des palmes. Le vieux nous parle des histoires du coin comme cette île en face qui est sacrée et où les couples ne vont pas ensemble car au retour il en mourrait un des deux sûrement. Il y a un temple très honoré et c’est sans doute pour ne pas le polluer que l’interdiction est là. En fait les femmes n’y sont pas bienvenues du tout, elles ont peut être le droit d’accoster mais pas d’y visiter le temple. Le village de pêcheur est bien mignon. Les petits édifices (bale) sans mur sont disposés sous la toison de cocotier, la maison principale est peinte à la chaux. Le temple familial est à l’extérieur. Les bateaux de pêche ont des gueules de poisson et partout des filets sèchent. Les gents sont gentils et sereins. Le temple de Candi Dasa fait face à la lagune qui vient se fondre dans la mer. Un soir on va voir une danse dans le village voisin où il y a un petit odalan dans un temple. Les gents sont très relax. Beaucoup ne portent même pas la ceinture, alors que nous, on l’a ! Le gamelan est différent, il est fait de bambou, c’est magique ces sonorités profondes qui s’égrènent comme des gouttes d’eau dans une grotte obscure. Le Jogger est une danse populaire, la danseuse désigne de son éventail des garçons qui vont l’accompagner un moment. Certains sont très timides d’autres roulent les mécaniques ! Ambiance sympa de fête de village. Les gents sont corrects et amicaux.  Dans l’est de Bali les maisons sont un peu différentes. C’est moins opulent et les autels font un peu thaï, les offrandes aussi sont différentes ! Je montre mes « prouesses » aux femmes qui disent en rigolant : « ah oui, style Ubud ! » Moi qui pensais les épater ! Ca dégage plus naïf mais on sent pas mal de dévotion sincère. voilà le plan d'une maisonnée balinaise classique avec le portail d'entrée, le petit mur anti esprits, les bale, (bâtiments sans murs qui font chambres), et l'enceinte du temple au nord est, la cuisine, les chiottes et l'enclos aux cochons sont côte à côte au sud, ça défie NOS règles d'hygiène mais pour eux, le sud, la mer est impur donc tout ce qui est considéré comme source de pollution s'y trouve:  Un après midi on va à Tenganan et ça nous plait tellement qu’on y retourne le lendemain pour y passer une journée. C’est un village clos où on entre par une petite porte. Les maisons sont alignées comme les villages tribaux, mais ce sont toujours des enceintes comme à Bali.  Au milieu du village les bâtiments publics, banjar, sont très longs et sont utilisés pour les jours de fête. On n’a pas le droit d’y monter. Des arbres sacrés sont entourés de palissades. Il y a un système d’égout qui dessert la rue principale, bien au milieu ! Il y a beaucoup de pierres tirées de cette lave noire que le volcan Agung a projeté. C’est vert et noir, austère par rapport aux luxuriantes villas du sud de Bali. Le chef du village (actuel 2006) devant le bâtiment public central  Les maisons à l’intérieur sont moins espacées, les chambres sont ouvertes, le temple est réduit. Dans ce village les gents sont hindoues mais ne brûlent pas leurs morts. Il n’y a pas de castes non plus. L’histoire dit que ce sont des gents de Bedulu qui s’y sont installés suite à l’histoire suivante : le roi Dalem Bedahulu ayant perdu son cheval envoya le peuple le chercher. On le retrouva, mort, dans les parages de Tenganan, le roi promit de donner une étendue de terre aussi grande que se sentirait la carcasse. Il envoya un ministre au nez fin. Mais partout où il allait accompagné du chef du village, il sentait l’odeur du cadavre ; à la fin, il se déclara forfait. Quand il fut partit, le chef sortit un morceau de la dépouille qu’il avait caché sous son habit. C’est l’origine de la vaste étendue de terre octroyée au village. Les champs sont traditionnellement cultivés par des paysans loués. Les gents de Tenganan se dédient à l’art et aux tâches journalières. Dans ce village la propriété est commune, c’est le concile du village, le krama desa, qui la régit. Si un individu quitte le village il est dédommagé mais sa maison et ses champs retournent au desa. Les gents se marient entre eux sous peine de perdre leur appartenance à la communauté.  Beaucoup de traditions perdues ailleurs à Bali sont ici conservées. Comme l’usage du calendrier lunaire non rectifié ce qui fait qu’il recule peu à peu par rapport à l’année solaire. De même le gamelan est spécial. C’est le gamelan selunding en acier par rapport à celui en bronze, il est sacré et on le garde dans un bâtiment spécial où il hors de vue. Il est sortit pour les mariages, enterrements et les odalan. Personne n’a le droit d’y toucher à part les musiciens. On sent les gents dignes et fiers. Pour un endroit aussi touristique, pas de gamins gueulards, pas de magasins, pas de petits mecs brancheurs.  On visite des maisons où le père grave le Ramayana sur des feuilles de lontar (un palmier). Dans d’autres maisons on tisse le fameux double ikat dont la trame et la chaîne sont teints par endroits pour produire un motif. C’est comme si ces gents avait un ordinateur dans la tête ! Ils disent que ça prend de huit à dix ans pour produire une pièce suffisante pour un sarong parce que les teintures sont végétales et nécessitent des bains prolongés et répétés. Ils sont utilisés pour les cérémonies et sont considérés avoir un pouvoir magique. Certains on des motifs humains comme des bas reliefs des vieux temples, c’est très beaux mais hyper cher, 200$ minimum  Là on voit le double ikat et à coté le simple ikat pour les touristes!  Au fond du village il y a un banyan délirant qui jette ses racines en pont par-dessus un ravin étroit et profond. C’est un endroit magique. On monte sur une crête qui surplombe la vallée ; on traverse une jungle assez clairsemée où les gents récoltent la fibre du palmier qui leur sert à couvrir les toits. Ils prennent aussi le tuak (boisson fermentée) des cocotier.  Ils font de jolis récipients à tuak avec l’écorce de tronc de bananier qu’ils noircissent en les fumant. La vallée est riche et en même temps sauvage ; la nature embrasse le village, les esprits ne sont pas loin ! On quitte le village au coucher du soleil alors que les gents sortent sur le pas de leur porte, envoûtées par l’atmosphère spéciale de cet endroit. |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Sam 10 Fév - 14:00 | |
| On rejoint la région sud/centre de Bali, on se pose à Ubud au Gayatri. C’est bientôt le Galungan, festival balinais qui tombe dans la 12ème semaine du calendrier wuku. Le mercredi ouvre les festivités. L’histoire est la victoire du peuple de Bali sur les démons ou plus symboliquement la victoire du dharma sur l’adharma. Pendant 10 jours les ancêtres sont appelés ainsi que les dieux à venir faire bombance sur terre. C’est pour cela que ça se passe surtout à la maison. C’est une fébrile activité dans toutes les maisonnées. Depuis quelques jours les femmes préparent des morceaux pour constituer les offrandes, les hommes réparent et nettoient toutes les parties communes de la maisons. Tous participent au gotong royong (comité villageois) pour arranger et décorer le village. On tond l’herbe des bas cotés, repeint les pierres et les bornes, les statues sont grattées de leur mousse. Deux jours avant les garçons commencent à construire des penjors qui seront érigés devant chaque maison.  C’est un symbole phallique mais représentant aussi le naga qui créa le monde. Il sert d’antenne pour les dieux qui séjournant au sommet de Agung et aussi à guider les âmes des ancêtres à la maison. Du riz et des fruits sont attachés pour remercier les dieux de nous donner la nourriture cuite et non cuite. Du bout pendent des fleurs où sont accrochés des cilis : personnification de la déité du riz.  Je remarque que chaque quartier varie un peu les décorations de ses penjors, ici il y a des rouleaux, là le penjor a une crête comme une colonne vertébrale, ici on attache des feuilles rouges, jaunes et vertes, là les couronnes de fleurs sont spécialement élaborées ; souvent il y a des carrés de tissu blanc (le dharma) ou jaune (la victoire, le processus de purification).A coté on construit un petit réceptacle à offrandes, haut perché et drapé de tissu. La veille toutes les maisonnées préparent la nourriture qui sera mangée le lendemain parce qu’il ne faut pas cuisiner ce jour réservé à la prière. Des tas d’animaux sont sacrifiés et surtout des porcs ! Le matin les réceptacles à offrandes sont pleins d’entrailles, baaaah ! On nous offre à manger mais vrai, ça ne me dit rien ! On se balade beaucoup dans la région qui est très belle, surtout en ce moment où tous les villages sont décorés.  On va plusieurs fois à Pejeng. On débarque en fin d’après midi et d’abord on s’arrête à un temple où les reliques sont très anciennes. Il y a une statue de Bima avec en guise de sexe, 6 serpents qui lui rampent sur les cuisses ! Plus loin il y un temple censé être le nombril du monde. Il est très puissant. On arrive au moment ou ils sortent le Barong Landung, qui sont deux marionnettes énormes, lui a l’allure d’un gorille et elle un masque blanc figé.  Ils sont sortis du pavillon spécial où ils sont cachés et habillés, puis le prêtre les bénit (en fait invite l’esprit à descendre) On leur fait des offrandes : on casse une coco dans laquelle on casse un jaune d’œuf et on y mélange le sang d’un petit poussin décapité vivant devant nous, barbare ! Ce sont les symboles de Bhrama, Vishnou et Shiva. Les gamins jouent un air strident et endiablé, puis les barong partent dans touts les coins du temple faire leur tournée. Il y a une petite statue magique avec un trou béant à la place du nombril, représentant le centre et l’origine du cosmos. Ca dégage. Il y a aussi un réceptacle sculpté représentant les dévas et les rakhsas (en gros les bons et les mauvais) barattant la mer de lait, vieille légende hindoue. Je n’oublierai jamais l’ambiance de ce curieux temple déserté d’où on sent presque physiquement les vibrations sortir. On rentre par les rizières par un chemin assez fou, nos pieds nous guident dans la nuit tombante, on traverse un ravin délirant et on arrive finalement à Ubud ! |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Dim 11 Fév - 21:22 | |
| Un autre jour on mange des mushrooms qu’on a trouvé et on va délirer dans ce ravin qui est vraiment fou : la rivière disparaît dans une étroite gorge tourmentée. On se baigne sous des cascades intérieures ou dans des bras d’eau souterrains, on se fait porter par le courant impétueux, on se coule dans les rochers lisses et chauds, vivants ! La lumière a une qualité spéciale au fond de ces trous, elle joue avec l’épaisse végétation qui descend et s’effiloche au grès du vent.  Plus tard on débarque dans le grand temple de Pejeng, l’entrée est gardée par des sangliers de pierres, et le temple principal se voit dans l’alignement avec devant des figures cosmiques : étoiles, lune, soleil, dragons. On y voit toute une assemblée de statues antiques rangées un peu au hasard dans des pavillons. Elles me regardent de leur air profond et mystérieux venu du fond des ages ; il y a aussi une énorme cloche en bronze, enfin on dit que c’est une cloche. Elle serait du 3ème siècle avant JC, la plus grosse cloche du monde ! Moi je sens la magie qui émane de ces objets de pouvoirs. Ces temples ont quelque chose qui clarifie la tête et apaise les émotions.voilà la cloche!  On bouge pour Peliatan dans un chouette endroit en bordure des rizières. Rythme lent des jours balinais. Se lever, yoga dans la pièce claire du soleil matinal avec les branches des palmiers qui caressent le ciel bleu tendre à cette heure. Petit déjeuner compris dans la chambre : une belle salade de fruits et du café. Se balader dans les rizières, dans les ravins frais où l’eau coule comme le sang dans les veines d’un grand animal.  C’est là que viennent se baigner les balinais à la tombée de la nuit, les filles d’un coté, les mecs de l’autre, tout le monde à poil ! On mange dans les warung du gado gado (plat avec du riz gluant et une sauce de cacahuète) en discutant le coup avec les vieilles. On voit les petites filles répéter la danse Legong. Je passe aussi pas mal de temps à chercher des objets d’art pour Brian qui m’a laissé 100 $ pour cela ! Ca me donne l’occasion de faire un peu les galeries et d’observer l’art balinais. Ils ne sont pas vraiment créateurs, mais de très bons techniciens dans leur style. Rares sont ceux qui dépassent le naïf, moi ça ne me branche pas trop. Je préfère carrément les peintures traditionnelles avec leurs perspectives déformées et leurs couleurs limitées, ou alors un style perso comme Deli, un copain de Bandung qui peint avec expressions. Mais le balinais ne connais pas ce concept de message, de l’émotion artistique.  Ici toute création est d’abord collective, reproduit des modèles traditionnels et est conçue comme une offrande, ou maintenant comme un objet à vendre. Il y a plus de recherche dans la sculpture sur bois, que ce soient les totems fous ou les racines travaillées ou encore les masques. Au losmen il y a un italien qui apprend à faire des masques avec un brahmane Ida Bagus Anom. Il travaille l’hibiscus, l’ébène et d’autres bois. Certains des masques du prof sont vraiment hallucinants, et puis le bois est une belle matière, vivante, odorante, et câline.  Bientôt arrive le jour du Kuningan qu ferme cette période de festival. De nouveau tout le monde s’affaire : déco, offrandes etc. ; tout doit être fini avant midi, c’est l’heure où les ancêtres et les dieux rentrent chez eux ! Mais les décos restent un mois pendant lequel il ne faut pas se marier. C’est pour cela que beaucoup de gents se marient avant ce festival, les maisons où il y a eu un mariage ont une déco spécifique qui pend de leur mur d’enceinte. |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Lun 12 Fév - 21:36 | |
| Le deux février c’est l’odalan du temple de Mas, le village des sculpteurs sur bois. C’est un temple très important et un lieu de culte pour les brahmines. Mais pour l’odalan, tous sont conviés. Le champ est entièrement remplit de kiosques, c’est une vraie fête foraine avec une foule dense digne des festivals indiens. La première cour comporte un pavillon où sont données les danses, un autre où se reposent et s’organisent les familles venues de loin et encore pleins de warungs. Dans le temple même c’est bien la folie. A droite une cour avec un banyan géant et un pavillon où sont adorées trois pierres. Il y a un océan d’offrandes, les gents prient dans le calme, c’est un îlot de fraîcheur.  La deuxième cour vers le nord est plus vibrante, elle abrite le Barong à qui on fait aussi plein d’offrandes. Je reste fascinée par l’harmonie des couleurs, l’encens, la beauté des gestes millénaires, les motifs exubérants, les enfants, les sourires… Dans la première cour on sent le centre des vibrations. L’autel est caché sous des mètres de tissu à carreau blanc et noir. Un peu plus loin dans un pavillons sont rangés des centaines de masques parce qu’il faut qu’ils se gorgent des vibrations émises par les dieux, ils sont tous là à rire, à grimacer ou pleurer avec une force d’expression émouvante.  A un moment se forme une gigantesque procession, les statues vont sorti ! Le siège à porteur décoré suivit d’un Gamelan portatif part en dernier, avant lui vont en file indienne des dizaines de jeunes filles en blanc portant qui le bois parfumé qui brûle dans un encensoir, qui une pile de tissus jaunes et blancs. Puis vient une autre file de filles en rouge, la procession est liée par un grand tissu blanc qui part du siège et le précède, porté par tous les gents. Plus tard il y a des danses Wayang Wong, c’est la version antique du Ramayana (tient tient !) avec ces masques en bois et en cuir. Il y a beaucoup d’animaux : le roi singe Hanuman et sa troupe ! Rama n’a pas de masque, les clowns ont des demi masques et peuvent parler, mais les animaux mugissent sous le leur. Ca doit être épuisant ! Parfois la queue d’un singe un peu folâtre vient frapper le public qui rigole ; les costumes sont assez jungle et font  fontvraiment troupe ancienne. Autour du bâtiment d’offrandes, les femmes dansent le Rejeng danse lente d’offrande que chacune exécute à sa manière, à son goût et pourtant tous les gestes sont semblables. La nuit tombe et enveloppe la scène d’un manteau naïf de fête de village. Plus tard commencent le spectacle du Drama gong, qui est bien à la mode chez les balinais parce que ça tient du drame, du théâtre, de la comédie de la danse et des masques ! Nous on s’y ennuie vite mais le spectacle c’est la salle ! Enfin c’est en plein air ! Un gamin endormi au sourire perlé sur un visage trop pur pour être de ce monde, un vieux sculpté dans son kain( pagne) impeccable : noblesse villageoise dans ses yeux d’aigles. Les fleurs piquées dans les coiffures des femmes, les jeunes qui draguent gentiment. Plus tard un moment serein précède la bénédiction collective, tout le monde s’agenouille ; on prie, les vibrations sont douces, l’émotion coule entre les doigts avec les pétales et l’encens. Plusieurs jours de suite on vient se baigner dans cette ambiance chatoyante où il fait bon se perdre, se dilater, absorber les effluves de dévotion et d’amour ! On voit des tas de danses ces jours ci.  Un jour on nous dit qu’il y a un Kecak pas loin. On y va, ça se passe dans un petit temple magique. Deux gros cars remplis de touristes débarquent, les danseurs viennent les accompagner avec des torches. Voir ces corps fins et cependant musclés ceints uniquement du petit pagne blanc et noir dégage un érotisme sacré assez subtil. Silence, le décor est tacheté de lamions à huile, un arbre bienveillant entoure le parvis de ses centaines de bras noueux. Le prêtre amène ses offrandes et bénis le lieu, ça a beau être pour des touristes, c’est une histoire sérieuse le Kecak, une danse de transe ! Les hommes arrivent avec leurs torches à la main et s’assoient en cercle autour des offrandes. Ils incantent le Om qui leur donnera la puissance et le détachement pour la danse. Les voix montent dans la nuit épaisse et parfumée. Elles vibrent et créent un halo de force autour du cercle. Soudain le chant se brise et ils entonnent le fameux tchak, tchak, tchakaktchak qui a donné son nom à la danse (prononcez kétchack)  le rythme est violent et pulse comme un coeur. Force sublimée, instant de calme profond, paroxysme, pas de Gamelan tout le rythme est donné par le chœur. C’est vraiment fou, les mecs ne sont pas des danseurs mais des villageois, l’ensemble est un grand corps communautaire souple et luisant de sueur. Noirs dans la nuit, avec pour yeux les lumières troubles qui oscillent en scandant les chants. C’est l’histoire de deux frères dont l’un se marie avec la femme de l’autre et le duel qui s’ensuit. A la fin le mauvais est tué et le prêtre refait son apparition pour bénir le corps qui est emporté. vidéo d'une danse kecka, pas très bonne qualité mais ça donne une idée http://www.youtube.com/watch?v=Be5AzphS6kE Un autre jour on voit un Topeng dans un petit temple à Mas. Il y a toujours une introduction avec un masque de vieil homme « orang tua »  et un jeune efféminé qui prend des mines ; puis le drame commence. Des ministres, des rois des princesses. Le Gamelan n’est là que pour indiquer les changements de scène ou de personnage. Beaucoup de parlotte, mais le décor est super ! C’est carrément un banyan centenaire qui sert de toile de fond avec une petite porte coincée entre deux racines aériennes par où entent les acteurs, toujours de façon très dramatique. Le Gamelan tressaille, le rideau tremble, des mains et des pieds apparaissent, tout le monde attend, bouche bée pour voir qui va sortir ! Les gamins s’écroulent autour et se réveillent juste quand le Gamelan s’excite pour une bataille ou une dispute. Les jeunes filles draguent et les vieux discutent le coup ! Je rencontre un petit mec de Solo (Java central) bien sympa. |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mar 13 Fév - 20:34 | |
| Pour la pleine lune on va à Besaki. On arrive vers la fin d’après midi au temple. Le soleil se cache derrière de gros nuages qui roulent sur l’horizon. On va prier avec les balinais devant les autels de Trisakti, c’est fort. Le volcan se découvre à ce moment là, parfait, inaccessible, lointain et proche à la fois, entouré de nuages d’argents.  Il y a une fête pour la pleine lune à Besaki. Dans le petit temple du bas, les gens amènent leurs offrandes, il y a des petits gâteaux de riz coloré avec des dessins, il y a aussi des offrandes de graisse de porc ! Le Gamelan joue dans l’air qui bleuit et s’alourdit du parfum des encens. Plus tard quand il fait bien nuit la cérémonie commence. La pleine lune joue avec les nuages et éclaire les pavillons qui font vraiment noirs sur le ciel. En grande pompe les statues rentrent et le prêtre fait ses rituels. Tout le monde prie et on repart à vive allure ; jusque tout en bas de l’allée qui conduit au grand temple. Silence, on sacrifie un petit poulet, on casse des noix de cocos, les offrandes sont bénies. Et ça repart, le couple de statues ira ensuite au temple de Brahmâ à droite en regardant Agung, et enfin à celui de Vishnou. Nous on abandonne en route.   On monte jusqu’au dernier pavillon où on veut dormir quelques heures. Mais la pleine lune est là, coulant dans mes veines comme du vif argent. Je danse devant le volcan et les temples en ombre chinoise au rythme du Gamelan. Etrange nuit, pas de malaise mais une bizarre émotion sublimée, qui serre le cœur et ouvre ses pétale. On s’écroule un tout petit peu mais bientôt le froid nous glace les os. Il est une heure, la lune nous appelle. On part escalader Agung ! Le chemin est facile à trouver mais bien vite ça grimpe dur ! On est dans une forêt argentée avec en découpe des arbres gigantesques, des fougères arborescentes, des lianes. Le sentier glisse. On s’élève à grand peine ; première halte sur une crête dorée de lune. Dès qu’on s’arrête, ça caille bien. Je repars à vive allure, le petit matin pointe son nez vers l’est. Je me sens soulevée par le mouvement de la terre. Le moment est magique, la lumière de la lune se fait liquide, or ofndu. Petit à petit on devine le contour de la côte, Nusa Penida à l’est et bientôt la côte sud de Lombok. Juste ne dessous de moi, je vois Batur et le lac, le cratère ouvert. On voit les volcans de l’ouest de bali. Le ciel rosit, les étoiles s’effacent une à une, la lune rougit et s’envole dans les nuages de Java. On aperçoit au loin les premiers sommets de Java. Je monte maintenant sur une crête très étroite qui découvre des précipices à droite et à gauche.  La forêt a fait place à des sapins rabougris. La lave est partout, noire et luisante. Tout d’un coup le soleil se lève derrière le volcan et projette un cône d’ombre vers Java. On sent le mouvement de la terre à la vitesse avec laquelle ce cône se rétracte et se rapproche de moi. Allez, encore un effort ! Maintenant je suis dans une zone de rochers projetés du cratère et qu’il faut escalader. Le dernier bout ? Et non ! Il reste toujours un pan à monter ! J’arrive sur une crête dont le coté gauche tombe à pic dans la mer, il y a 3000 m de dénivelé ! La pente est incroyablement raide, heureusement j’ai un bâton et pas le vertige !  J’ai laissé Mylène bien loin en bas, heureusement car elle, elle a le vertige ! Enfin j’arrive au sommet ! Et juste quand je passe la tête, j’aperçois le mont Rinjani de Lombok, tout près et qui semble me narguer : il est beaucoup plus haut ! Agung culmine à 3200m le Rinjani 3750m ! Quelle impression de plénitude là haut ! On découvre Bali comme vu d’avion. Et les détails font peinture. Tout en bas, presque à la verticale Besaki semble un jouet écrasé. Je meurs de faim, il y a là quelques offrandes déposées sur un petit autel primitif. Je me mange une demi noix de coco et quelques fruits qui sont potable. J’ai un peu honte de voler leurs offrandes aux esprits du lieu ! Et puis je me mets en méditation, et…..je sombre dans un semi comas ! Quand je me réveille de cet étrange somme, il fait un brouillard à couper au couteau,  on ne voit rien, et surtout j’ai perdu le sens de l’orientation, je ne sais pas du tout par où descendre ! Voilà la punition d’avoir bouffé les offrandes je me dis ! Je ne me démonte pas, je prie les esprits du coin, allez un signe, montrez moi la direction ! Et puis je regarde tout autour en commençant à paniquer un peu, soudain mon regard accroche quelque chose qui brille en bas. Le signe ! J’y vais donc, et, effectivement, je vois un rocher que j’avais passé, et finalement je retrouve le chemin ! Ouf, je remercie les esprits du fond du cœur !  |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mer 14 Fév - 21:14 | |
| La descente c’est encore plus dur que la montée ! Il y a 2100m de dénivelé direct ! Mylène et Mimo, un copain italien se sont arrêtés vers les 2/3 environ. Quand j’arrive ils commençaient à flipper un peu ! Je leur raconte l’épisode de la brume. On a des courbatures pendant trois jours ! C’est un sacré volcan l’Agung ! Il a fait une grosse éruption en 1963, alors que les balinais faisaient un grand rituel qu’ils n’avaient pas fait depuis 200 ans environ. Pendant le festival, à Besaki, le volcan explose. Un mec a filmé, j’ai vu la vidéo d’époque en noir et blanc et toute tremblante, on voit les prêtres, la foule et soudain l’affolement, la fuite. Seuls les prêtres principaux sont restés imperturbables à officier. Et la lave s’est arrêtée à 100m du temple !  Sacré Bali ! Il est temps pour moi de le quitter. Mylène part à Singapour (visa business). Moi je prends le bus pour Java. Auparavant je vais vendre quelques boucles à Fendi, un magasin. Ca me fait plaisir de voir que quelqu’un apprécie mon travail. Revoilà Yogjakarta, égal à lui-même, sous un ciel brouillé de saisons des pluies. Je m’installe au même endroit. Plein de gents me reconnaissent et me demande si je vends encore de l’artisanat, où est Mylène etc. ; franchement c’est agréable, j’ai l’impression d’être plus connue ici qu’à Grenoble ! Les premiers jours je vends pas mal de trucs et je fais deux T shirts chez Andreas, un javanais, un peu zone qui deale les même T shirts qu’à Bali mais en trois fois plus cher !  Ces petits mecs sont toujours aussi cons, beaucoup de discours, rien de vécu ! Ensuite je rencontre Mahisa, la copine de Bandung qu’on avait connu à Bali. J’achète du matos parce que j’ai envie de faire du batik ; elle étudie à l’université de Yogja et n’habite pas loin du campus. Elle se spécialise en batiks traditionnels. C’est tout un trip, chaque stade porte un nom et souvent est accompli par une personne différente ; les motifs veulent tous dire quelque chose et certains comme le « parang » était réservés à la cour du kraton et même parfois à une cérémonie spéciale. Mahisa, elle, délire pas mal, ce sont toujours les dragons, l’oiseau candrawasi, les fleurs, les algues et les arabesques mais on sent une main plus libre. Mylène revient de Singapour et on s’installe chez Mahisa. On va le matin faire du batik dans sa cour et on revient le soir, en bus ou en vélo ! On est bien intégrées ici ; c’est bien de travailler tout seul comme ça on se rend compte de ses points faibles, de ses doutes etc.. On a parfois des surprises comme une teinture que je voulais bleu nuit et qui est sortie verdâtre ! voilà le travail:  C’est assez délicat, je pense qu’il faut pas mal d’expérience pour maîtriser la technique. Le résultat est correct mais je n’ai encore jamais réussi à sortir un batik comme je le voyais dans ma tête ! Mylène a sans doute raison de ne pas trop vouloir s’en faire, le mieux est l’ennemi du bien ! en voilà un autre, j'en ai fait un coussin  Je traverse une période peu glorieuse, je suis tendue, irritable ; Mylène m’énerve, j’ai l’impression qu’elle me cherche à me copier et qu’elle me pompe ! C’est psychologique bien sûr, elle est très bien dans son trip et c’est mon ego qui me titille ! Je sais que je dois partir, ça fait 7 mois en Indonésie, huit mois qu’on trippe ensemble, un break s’impose, et j’ai envie d’aller méditer un peu plus en Thaïlande. J’achète plein de trucs pour vendre et je me retrouve chargée comme une bourrique ; je ne sais vraiment pas comment je vais faire pour les transporter. Mais ça vaut le coup je crois. Java est plus speed que Bali. Mais les gents sont vibrants et chaleureux. Un jour une femme accouche dans la chambre à coté de celle de Mahisa. On nous invite à venir voir le nouveau né. Elle a mis bas accroupie, comme en Indes, par terre sur 7 sarongs en batik fin, assistée de deux voisines qui sont des guérisseuses traditionnelles. Elles ont coupés le cordon et baigné le petit qui est tout mignon ! Le placenta est gardé pour éviter les mauvais esprits. Ca a l’air si simple, si naturel ! Et elle a accouché à deux pas de nous sans un bruit ! Finalement le jour de mon départ arrive, mon visa arrive à la fin ; je quitte Yogja par le train puis Jakarta, Singapour. bye bye Indonesia ! Un beau voyage vraiment riche et pleins d’amis à revoir la prochaine fois ! |
|  | | boudhinette Membre


 Nombre de messages: 176 Age: 51 Points: 0 Date d'inscription: 05/12/2005
 | Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mar 17 Mar - 3:51 | |
| bonjour, je voulais vous communiquer les liens sur notre forum (psychedelic nurses) du voyage que mon ami et moi sommes en train de faire en asie, et plus precisemment a java et a bali, plus de 25 ans apres le voyage de ce topic le debut se passe en indes, vous pouvez sauter si vous voulez en fait il y a un lien en francais, la parite indonesienne commence la http://www.psychedelic-nurses.org/forum/index.php?topic=408.75 et en anglais avec des tofs, itou partie indonesienne http://www.psychedelic-nurses.org/forum/index.php?topic=409.45 enjoy  |
|  | | | | sumatra java Bali en stop 1984 | |
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